Alors que le triple champion olympique Charles Hamelin dispute ses derniers Jeux, la relève issue de la génération 90 se prépare. Parmi eux Pascal Dion, un compétiteur né qui mène de front études à l’UQAM et entrainement.

Il ne fait pas partie des favoris et n’a encore jamais participé aux Jeux Olympiques, et pourtant, Pascal Dion incarne à 23 ans le futur du patin courte piste canadien. Alors que son compatriote et triple champion olympique Charles Hamelin dispute ses derniers JO en Corée du Sud, Pascal Dion est de plus en plus poussé sur le devant de la scène canadienne. Mais ses ambitions sont internationales et il ne voit pas les JO de Pyeongchang comme un galop d’essai. Au contraire, il y voit l’opportunité de glaner ses premières médailles. Pour arriver à ses fins, le natif de Rivière-Des-Prairies-Pointe-Aux-Trembles (difficile à dire en une seul respiration !) s’impose un entraînement stakhanoviste avec une obsession en tête : les Jeux Olympiques.

O-lymp-pique. Ces trois syllabes sont devenues une obsession, un mantra répété à l’envi par les patineurs. Il faut dire qu’il ne reste que deux mois avant les Jeux d’hiver à PyeongChang, au pays du Matin Calme. Une fois dans l’antre de l’Arena Maurice Richard , je tombe sur Pascal Dion. « C’est donc toi le Français qui veux me voir ! Ça m’étonne un peu, c’est pas vraiment un sport à vous le patinage » me lance-t-il, taquin. En effet, la discipline est anonyme dans l’Hexagone. Il me serait impossible de citer le moindre patineur français ! Au Québec, la culture respire évidemment plus le patin, si bien que l’équipe canadienne, qui s’entraine principalement à Montréal, est l’une des meilleures au monde avec celles des Pays-Bas et de Corée du sud.

 

Un rescapé

 

Cette densité du vivier canadien s’accompagne d’une sélection forcément plus drastique pour entrer en équipe nationale. En cet hiver olympique, les prétendants au voyage en Corée du Sud se bousculent plus que jamais au portillon. Il faut dire que l’enjeu des JO dépasse de loin tout autre compétition. Le premier obstacle à franchir pour Pascal Dion était donc les épreuves de sélection. Elles avaient lieu à domicile, dans la chaleur aoutienne de Montreal. Dion avait les capacités nécessaires, mais la certitude n’existe pas en patinage courte piste. Les chutes y sont multiples et la stratégie joue parfois plus que le physique. Tout est possible.

Au terme de courses incroyablement intenses, Pascal Dion finit au 4e rang des sélections, arrachant in extremis l’un des cinq tickets olympiques. « Ça a été un moment très, très stressant », se remémore Dion, qui va vivre ses premiers JO. Un rêve qui aurait pu ne jamais se réaliser. Il y a 3 ans, un dramatique accident en compétition faillit hypothéquer sa carrière. Le patin d’un adversaire lui sectionna un muscle du bas du dos dans une chute collective. Le sang rouge sur la blancheur de la glace horrifia les spectateurs. Mais le jeune Montréalais sut rebondir, revenant plus fort que jamais après sa convalescence. « Ça m’a donné les crocs, ça a décuplé mon envie patiner vite ». En constant progrès depuis cette épreuve douloureuse, il n’a plus qu’une idée en tête : la médaille olympique. Un objectif qui le hante depuis son enfance lorsque, des étoiles dans les yeux, il assista aux sacres de Marc Gagnon à Salt Lake City (2002).

Pour parvenir à ses fins, Pascal Dion s’astreint à dix entrainements hebdomadaires sur un cercle de glace de 111 mètres, avec pour seuls spectateurs les 6000 sièges vides de l’Arena. Sur un mur, une citation résume l’ambiance : « Entraine-toi en silence, tes performances se chargeront du bruit ». Cela représente 6 heures quotidiennes de sport : trois le matin, trois l’après-midi. Une pause de 4 heures entre les deux permet d’intercaler un cours à l’UQAM, en kinésiologie. Au-delà de la sensation de glisse, c’est l’adrénaline de la compétition qui le transcende. « J’aime gagner une course avec les dents, la compétition me transcende ».

Dion en chiffres

Pascal Dion fait partie des jeunes dans l’équipe canadienne de courte piste, mais cela ne l’a pas empêché de contribuer à des récoltes de médailles sur les saisons passées, lors des épreuves de Coupe du monde. Il a ainsi déjà 6 médailles à son actif (2 en or, 2 en argent et 2 en bronze), dont 5 en relais. Ce sera donc en équipe qu’il aura le plus de chance de s’illustrer à PyeongChang. Il espère néanmoins secrètement tirer son épingle du jeu sur le 1.500 mètres, sa distance fétiche. Pour cela, il s’astreint à un entraînement de 25 heures par semaine, sur la glace, sur le vélo ou en salle de musculation.

1500

Mètres, sa distance favorite

25

Heures d'entraînement par semaine

6

Médailles en Coupe du monde

23

Ans (né en 1994)

172

Cm, dans la moyenne

69

kg tout mouillé

Sa seconde maison

L’Arena Maurice-Richard qui jouxte le parc olympique de Montréal cache une patinoire de 6000 places. De quoi accueillir une sacrée foule lors des compétitions. Elle demeure malgré tout deux fois plus petite que celle de Gangneung et ses 15 000 sièges, où se tiendront les épreuves de courte piste en Corée du Sud. Il faut dire que ce sport est roi dans le pays du « Matin calme ». Le cercle où tournent les patineurs reste en revanche strictement identique, avec 111 mètres réglementaires. L’Arena Maurice-Richard est le camp de base des patineurs de courte piste canadiens. L’équipe nationale s’y entraîne quotidiennement. C’est un peu la seconde maison de Pascal Dion.

Au turbin

L’ambiance qui précède l’entrainement est étonnamment calme. Chacun arrive dans la patinoire après avoir bravé le froid polaire qui engourdi Montréal. Avant de passer par le vestiaire pour se mettre en tenue pour patiner, il faut s’échauffer les muscles, étirer les tendons. Des vélos d’appartement bordent la glace et permettent de tourner les jambes, puis les patineurs se lancent dans des exercices d’assouplissement pour réveiller leur corps. C’est un moment décontracté où les patineurs discutent entre eux, plaisantent, se racontent leur vie.

« On doit pourtant faire cela sérieusement, insiste Pascal Dion. Cette routine permet d’éviter les blessures, c’est super important même si on oublie pas de rigoler avec les amis. » Cette procédure est aussi celle répétée avant les compétitions, avec plus d’intensité et une préparation mentale. L’équipe dispose d’ailleurs d’un préparateur mental. « Il m’aide beaucoup, confie Dion. Il nous permet d’être plus serein, de gérer notre stress. Ça passe par des exercices de respiration et de visualisation mentale de notre course. »

Après un échauffement sérieux du corps, les athlètes se parent de leur tenue et chaussent leurs lames acérée. Un rituel quotidien qui se fait mécaniquement. Seule la combinaison ultra-moulante nécessite un petit combat pour être habillée. L’ambiance est à la rigolade dans le vestiaire. Puis, une fois au abords du cercle de glace, le sérieux revient et les patineurs sont prêts à écouter les conseils de l’entraineur Derick Campbell, lui-même ancien patineur. La séance est collective ce jour-là, et servira à travailler les automatismes du relais canadien. En effet, la patin courte piste inclut aussi bien des épreuves individuelles que par équipe.

Pascal Dion met du coeur à l’ouvrage, encourage le coéquipier qui le suit dans le relais. L’esprit individualiste n’a pas sa place dans cet exercice. Le jeune patineur doit s’appliquer car c’est cette épreuve qu’il a le plus de chance de disputer en Corée du Sud. Celle où la chance de médaille est la plus élevée. Sur 6 médailles en Coupe du monde, Pascal Dion en a acquis 5 avec le relais. Idem pour sa médaille en Championnat du monde, elle aussi glanée en relais de 5000 mètres.

Les Jeux Olympiques de PyeongChang seront les XXIIIe JO d’hiver. Le patineur Pascal Dion fera partie du relais masculin courte piste sur 5000 mètres, qui jouera sa chance le 13 février (qualifications) puis le 22 février (finale)… si tout se passe bien. Le jeune Montréalais pourrait aussi s’aligner en individuel sur le 1000 mètres et le 1500 mètres. Mais les sélectionneurs de l’équipe canadienne n’ont pas encore tranché leur choix, les athlètes Samuel Girard et Charle Cournoyer étant également pressentis sur ces distances. Pascal Dion devra encore faire ses preuves à l’entrainement pour prétendre à ces courses. Rendez-vous en février pour connaitre la suite !

Le casque, obligatoire dans cette discipline où les chutes sont fréquentes et où l’on joue des coudes avec les adversaires. Il est techniquement semblable aux casques de vélo, avec un style aérodynamique. Les patineurs de vitesse sur piste longue n’en ont pas.
Le vent provoqué par des déplacements à plus de 50 kilomètres par heure rend le port de lunettes indispensable pour bien ouvrir les yeux.
La combinaison est très moulante pour favoriser au maximum l’aérodynamique du patineur. Le tissu est étudié en soufflerie pour obtenir une pénétration dans l’air optimale.
Les gants possèdent des extrémités de doigt avec de petites pointes anti-dérapantes. Ainsi, quand le patineur se penche dans les virages, cela lui permet de légèrement s’appuyer sur la classe pour ne pas tomber. Et puis les gants protègent du froid, accessoirement !
Le chaussant du patin à glace est une pièce en carbone moulée au pied de l’athlète. Impossible d’échanger ses patins avec un autres ! Ce matériel coûte donc très cher, environ 1.500 dollars la paire.
La lame est l’autre élément essentiel du patineur, parce que c’est l’unique point de contact avec la glace. Pour une accroche et un glisse optimale, elle doit être régulièrement affutée. Un patineur peut en user jusqu’à trois paires par an. Une paire coûte 500 dollars.

Comment voient-il le futur crack ?

Derick Campbell 1 min 40

Pour son entraîneur Derrick Campbell, la médaille est possible à PyeongChang. Des tests effectués à l’entrainement révèlent sa très grande forme. Pourtant, cela ne suffit pas en courte-piste. Contrairement à la longue-piste où l’adversaire ne se visualise qu’à travers le chronomètre, la courte-piste offre un départ groupé où les patineurs jouent des coudes, doivent se postionner au mieux pour virer en tête. Ce mano a mano permanent demande une agilité phénoménale et un sens tactique très aiguisé. Ce n’est pas toujours le plus fort physiquement qui gagne mais le plus malin, celui qui saura éviter les chutes et les crocs en jambes de ses concurrents. Deux qualités qui se façonnent dans la durée, à travers l’expérience. « Il en manque encore un peu » souffle Derrick Campbell dans son petit bureau surchauffé, disimulé sous les gradins, pendant que les patineurs se rhabillent au vestiraire. La suite, c’est à écouter ici !

Charles Hamelin 2 min 40

Quand un triple champion olympique de patinage donne son avis, on l’écoute ! Charles Hamelin a marqué l’histoire de son sport tout autant que du sport canadien. C’est l’un des athlètes canadiens les plus titrés aux Jeux Olymiques d’hiver. Son tableau de médailles parle pour lui-même. Trois fois champions olympiques, il a aussi participé à trois JO. PyeongChang seront ses quatrième et derniers Jeux. Sa régularité au plus haut niveau sur trois olympiades soulignent son acharnement à l’entrainement et sa rigueur dans la vie quotidienne. Ses conseils sont toujours précieux. Et quand il vous encourage, vous savez que vous êtes dans la bonne direction. Ca tombe bien, il tient Pascal Dion en haute estime. Son entrevue ici.