Début avril, le ciel nous a fait sa dernière grande offrande de neige. L’occasion de découvrir un itinéraire facile et sécurisé en partant à l’assaut de la Selle du Puy Gris. Petit hameau alpin au départ, nature brute à l’arrivée.

Cinq semaines sans ski lorsqu’il neige régulièrement à gros flocon, c’est un véritable supplice. C’est long. La faute à une rageante entorse au genou, consécutive d’une chute en ski maladroite, bête. Une chute est toujours bête. Après avoir usé ma patience à caresser du regard les montagnes par la fenêtre, il était temps de reprendre un contact tactile avec leurs courbes si joliment adoucies par la neige. En ce weekend du 1er avril, l’hiver lance une ultime offensive et en déposant une couche conséquente de neige sur les sommets, 50 centimètres environ. Les conditions nivologiques n’ont donc rien d’engageant, réduisant le champs des possible pour des excursions d’envergure en dehors des ultras classiques Chamechaude, Jasse, Vans. Décision est finalement prise d’aller en Belledonne, à la Selle du Puy Gris. Le départ se fait de Valmaure, côté Savoie. Le topo de Skitour est rassurant, pas de pente au-dessus de 30 degrés, une condition sine qua non pour éviter les avalanches. Seuls les 100 derniers mètres, annoncés à 35 degrés, me font douter. Et puis il y a les pentes qui surplombent l’itinéraire… Je m’enquiers donc de la topologie du terrain auprès du très expérimenté David Zijp. Ses conseils avisés me rassurent et nous voilà partis de bon matin, direction la Maurienne.

Il pleut des cordes en vallée et les essuis-glace de notre carrosse Citroën Picasso gémissent à force de balayer frénétiquement les flots. Très vite après avoir commencé la montée de la route du Glandon, le noir de l’asphalte cède à la blancheur des flocons qui recouvrent la route. Ambiance magnifique, d’autant que nous passons dans des hameaux authentiques et intemporels. Des chalets de vieux bois noircis par les années, des fermes qui s’éveillent avec les fumerolles qui s’échappent au-dessus des toits.

Une fois au parking de départ, une accalmie arrive et on s’équipe. Là, stupeur, mes chaussures de ski me paraissent étrangement vides : j’ai oublié mes chaussons. On a beau être le 1er avril, ce n’est pas un poisson. Je ne vais quand même pas refaire trois heures de route aller-retour pour chercher mes chaussons alors que mes compagnons vont skier ! J’enclenche donc le plan D (les B et C n’existaient pas vraiment, va pour la débrouille). On réunit toutes nos chaussettes de rechanges, quatre tours de cou, je parviens à faire une gangue de protection autour de mes pieds qui permet un maintien sommaire. Une fois cet obstacle surmonté, plus rien ne pourra nous empêcher de gravir ce fameux Puy Gris, pour l’instant bien emmitouflé dans ses nuages cotonneux ! Aucun skieur ne nous précède et il va falloir faire nous-même la trace dans une neige trèèès profonde. Ça brasse énormément. La suite en image…