Rouler pendant le Tour a une saveur particulière. Rouler sur le même parcours revient à se confondre avec nos héros de juillet, jusqu’à en devenir un nous même dans l’anonymat de notre propre exploit.

Les grands événements transcendent forcément une activité qui passerait comme banale le restant de l’année. Jouer au foot pendant une Coupe du monde, faire un match de tennis pendant Rolland Garros, slalomer entre des piquets pendant les Jeux Olympiques d’hiver… et surtout, surtout, rouler à vélo pendant le Tour de France. Les images de la télévision et les récits des journaux emmagasinés dans la tête se confondent avec l’expérience somme toute ordinaire que constituent nos coups de pédales anonymes dans un col sans renom, loin des foules, boudés par les hélicoptères, les voitures suiveuses et les motos rugissantes des reporters. Il suffit de s’en remettre à notre imagination. On se dresse en danseuse dans une épingle, le palpitant s’accélère et l’on se persuade de reproduire un jump dévastateur du Contador des grandes années décrochant ses poursuivants. 

Mais l’imagination peut trouver ses limites quand vient la recherche d’une adrénaline indissociable de la compétition. Face à nos regrets éternels de n’avoir eu ni le moteur ni la volonté d’un cycliste professionnel pour percer dans une équipe World Tour à 20 ans et faire le Tour de France dans la foulée, la course de l’Étape du Tour demeure un palliatif plus qu’efficace et finalement un poil moins fatigant. Quoique. 

Euphorisante car réunissant des milliers de cyclistes de tous continents, grisante parce qu’étant l’étape reine où s’étriperont les favoris à peine quelques jours plus tard, cette épreuve provoque une addiction chez n’importe quel fanatique de la petite reine. Pour preuve, je peux m’ériger en exemple parfait de celui qui y a participé l’an dernier, qui a été rôti sur les flancs asséchés du col de Vars, terrassé par une hypoglycémie fulgurante dans l’Izoard et qui, envers et contre tout, va s’aventurer encore une fois sur le parcours de l’Étape du Tour  pour conjurer le sort d’une nouvelle déroute dans le final de cette étape Annecy-Le Grand Bornand. 

Les bords du lac d’Annecy voient le départ d’un peloton obèse de plusieurs milliers de vélos qui l’enlacent pour enfin s’élancer dans l’accidenté massif des Aravis, moins haut que les Hautes-Alpes mais d’un relief tempétueux qui a accouché de routes s’apparentant davantage à des rampes aux pourcentages indécents. Le terme ne convient pas au Col de la Croix Fry qu’on gobe comme un amuse-gueule délicat. La montée au plateau des Glières qui suit a davantage la saveur d’un plat indien très épicé qui emporte la bouche et la transforme en cratère volcanique. Transposez la sensation de brûlure à vos jambes. Voilà, vous y êtes. 

Chaque hectomètre est d’une raideur asphyxiante. Mais, masochiste assumé, j’affectionne ces pourcentages et parvient à remonter dans le classement. Vient la strade bianche savoyarde du plateau des Glières qui offre un exotisme reposant pour qui n’y crève pas un boyau. Puis le bitume reprend ses droits. 

Dans les cols de Romme et du Reposoir, après une longue portion de vallée, mon pédalage s’essouffle jusqu’a avoir une allure chaotique. Je les avais pourtant repérés avec la rédaction de Vélo Magazine et m’y étais projeté dans un état plus fringant. Le spectre de l’hypoglycémie se matérialise une nouvelle fois. Défaillance ! Faute d’oreillette me reliant à un directeur sportif compréhensif, il m’est impossible d’avoir l’aide salutaire d’une voiture suiveuse me ravitaillant pour éviter la déroute. L’arrivée au Grand Bornand est une délivrance amère qui n’appelle qu’une chose : un nouveau départ l’an prochain. Pour conjurer le sort une fois pour toute et revivre aussi, et surtout, la liesse de cette épreuve qui permet de se dépasser et de se croire, le temps d’une journée, être devenu son propre héros de juillet.  

Une étape aux raidards asphyxiants

Les bords du lac d’Annecy voient le départ d’un peloton obèse de plusieurs milliers de vélos qui l’enlacent pour enfin s’élancer dans l’accidenté massif des Aravis, moins haut que les Hautes-Alpes mais d’un relief tempétueux qui a accouché de routes s’apparentant davantage à des rampes aux pourcentages indécents. Le terme ne convient pas au Col de la Croix Fry qu’on gobe comme un amuse-gueule délicat. La montée au plateau des Glières qui suit a davantage la saveur d’un plat indien très épicé qui emporte la bouche et la transforme en cratère volcanique. Transposez la sensation de brûlure à vos jambes. Voilà, vous y êtes. 

Chaque hectomètre est d’une raideur asphyxiante. Mais, masochiste assumé, j’affectionne ces pourcentages et parvient à remonter dans le classement. Vient la strade bianche savoyarde du plateau des Glières qui offre un exotisme reposant pour qui n’y crève pas un boyau. Puis le bitume reprend ses droits. 

Dans les cols de Romme et du Reposoir, après une longue portion de vallée, mon pédalage s’essouffle jusqu’a avoir une allure chaotique. Je les avais pourtant repérés avec la rédaction de Vélo Magazine et m’y étais projeté dans un état plus fringant. Le spectre de l’hypoglycémie se matérialise une nouvelle fois. Défaillance ! Faute d’oreillette me reliant à un directeur sportif compréhensif, il m’est impossible d’avoir l’aide salutaire d’une voiture suiveuse me ravitaillant pour éviter la déroute. L’arrivée au Grand Bornand est une délivrance amère qui n’appelle qu’une chose : un nouveau départ l’an prochain. Pour conjurer le sort une fois pour toute et revivre aussi, et surtout, la liesse de cette épreuve qui permet de se dépasser et de se croire, le temps d’une journée, être devenu son propre héros de juillet.

*Résultat : 250e en 6 heures